Eternelles coupables : les femmes criminelles de l'Antiquité à nos jours

Qu'y a-t-il de commun entre Ève, la première femme criminelle qui aurait été l'initiatrice
du péché, Brunehaut condamnée, aux premiers temps du Moyen Âge, pour sa cruauté,
à être traînée par des chevaux emballés, l'ogresse Jeanne Weber qui, au XIX<sup>e</sup> siècle, asphyxia
une dizaine de nourrissons et les soeurs assassines Christine et Léa Papin qui, en 1933,
se déchaînèrent sur leurs patronnes ?
L'infanticide, la sorcellerie, le poison, voire le vol sont-ils, comme on le dit communément,
le propre des femmes ?
Sans nier la réalité du crime, les regards, essentiellement masculins, que porte la société
sur les femmes fautives tiennent lieu de réponse. Des vases antiques aux reportages
télévisuels en passant par les miniatures médiévales, les tableaux de genre et les couvertures
du Petit Journal , l'image est outrée, réductrice, stéréotypée, sans doute parce que la violence
fait sortir les femmes du rôle attendu qui leur est conféré : celui de mère, d'épouse,
de façon générale de porteuse de paix, de fécondité et de douceur. La représentation
des femmes délinquantes n'illustre pas seulement l'histoire d'une transgression des normes,
elle distille les rapports implicites entre le masculin et le féminin.
Historiens, historiens de l'art, juristes et politistes se sont ici réunis pour penser le phénomène
sur la longue durée. En commentant ici plus de cent reproductions d'oeuvres d'art, de journaux,
d'affiches, etc., ils décèlent le rapport entre les clichés et la société qui les façonne et les colporte
en les réadaptant subrepticement pour leur permettre de survivre. Ces permanences
commencent à se rompre aujourd'hui sous l'effet d'un espace public et d'une culture
de masse dont les femmes sont de moins en moins exclues.