Maria, Manuel et les autres : récits de l'immigration portugaise

Juillet 2010. Paris. Ils entrent et envahissent l'aéroport
d'Orly. On les reconnaît. Certains conservent encore des
vestiges typiques de ce qu'ils emportèrent dans leurs
bagages, durant les années 60. Mais on les distingue,
principalement, par l'embarras que suscite en eux ce
nouveau type de voyage. Ils ne s'attendent plus à ce
qu'un policier français les arrête, ils ne redoutent plus
qu'un espion de la PIDE soit caché dans un coin. Leurs
papiers sont en règle et leurs petits-enfants ont fait leur
check-in online. Le plus souvent, toutefois, la ligne France-Portugal
représente leur unique expérience de passagers
du réseau aérien. Dans cette traversée, ils se contentent
d'attendre bien assis jusqu'à ce que leur fils ou fille vérifie
sur l'écran d'un ordinateur si le vol a été retardé ou pas.
Les dernières indications ont lieu lorsqu'on les dirige vers
l'entrée réservée aux passagers, où la sécurité exerce le
contrôle des voyageurs et de leurs effets personnels sur
des tapis roulants. Là, tout sera passé au peigne fin par
des machines et les mains humaines qui les assistent. La
séparation laisse une larme à l'oeil à celui qui s'en va et un
adieu désinvolte et plein de tendresse à celui qui reste.