Juge rouge ? : magistrat tout simplement

Tintin judiciaire ? Saint-Just ? Hubert Dujardin, tour à
tour juge d'instruction ou parquetier, mais aussi juge
correctionnel et conseiller technique au cabinet de
Robert Badinter, a aussi été taxé de juge rouge ou
gauchiste.
Deux événements de sa vie professionnelle ont été
fortement médiatisés : l'ouverture de son cabinet de
juge d'instruction à un journaliste à Lille en septembre 1974 ; poursuivi
disciplinairement pour violation du secret de l'instruction avec demande de
révocation, il a été sanctionné par le retrait de ses fonctions ; puis les
poursuites engagées par lui en octobre 1996 à l'égard du président du
conseil général de l'Essonne et de Mme X. Tiberi - avec la péripétie de
l'hélicoptère himalayen.
Au-delà de ces épisodes, c'est l'exercice ouvert et rigoureux de ses
responsabilités professionnelles qui lui a tenu le plus à coeur et l'a amené à
s'opposer à sa hiérarchie, essentiellement dans le domaine des violences
policières, de la détention provisoire et de la présomption d'innocence ;
rompant avec la pratique habituelle des parquetiers, il a, très fréquemment,
requis la mise en liberté de personnes détenues trop longuement, voire
illégalement, ce qu'il a dénoncé. Il s'est également investi dans des dossiers
de personnes poursuivies pour crimes, étant convaincu de leur innocence,
reconnue en définitive par une juridiction d'instruction ou une cour
d'assises.
Être magistrat exige, comme l'a souligné la commission parlementaire sur
l'affaire d'Outreau, des qualités importantes et multiples : sens de
l'application du droit, esprit de synthèse et d'analyse, humanité, respect de
la présomption d'innocence et des droits de la défense, capacité d'écoute
des parties, aptitude à se remettre en cause...
Hubert Dujardin y est-il parvenu ? À vous de juger.