Psychopathia sexualis de Krafft-Ebing : 1886-1924 : une oeuvre majeure dans l'histoire de la sexualité

Psychopathia sexualis , dont les versions successives couvrent la Belle
époque et les Années folles, représente la quintessence de la psychiatrie
occidentale sur le sujet des perversions sexuelles. L'oeuvre, originellement
destinée aux seuls médecins et juristes, a conquis un large public et n'a
cessé d'être traduite et rééditée jusqu'à nos jours.
Ce succès éditorial international, étonnant pour ce type d'ouvrage,
s'explique, entre autres, par le fait que l'oeuvre de Krafft-Ebing rassemble
une masse critique de 447 observations cliniques, allemandes certes, mais
aussi européennes, une sorte de catalogue des comportements sexuels hors
la norme (c'est-à-dire une sexualité orientée vers la seule procréation). Il
se dégage de cet ensemble hétéroclite un art de la clinique singulier, aux
confins de la médecine, de la morale, de la justice et de la littérature.
C'est bien ce dernier point qui ne laisse d'étonner, à savoir l'importance
de la littérature dans cette psychiatrie de l'époque, ce qui permet
de s'interroger sur sa place dans le processus de médicalisation des
comportements sexuels qui dévient de la norme, et d'étudier cette
imbrication de l'art clinique et de l'art littéraire dans une oeuvre au destin
si particulier dans la littérature médicale.
Enfin, quel a été le poids de Psychopathia sexualis dans les sociétés
européennes de l'époque et quelle est l'empreinte laissée par cette oeuvre
dans nos sociétés contemporaines et dans nos approches, scientifique et
populaire, de la sexualité ?