Culture & musées, n° 8. Défendre le patrimoine, cultiver l'émotion

Publics et Musées , première revue scientifique francophone de muséologie, s'était
donné pour vocation de présenter les résultats des recherches, des études et expériences
suscitées par la prise en considération grandissante des publics dans les
institutions muséales. Mais les publics des multiples institutions de la culture ne constituent
pas des mondes séparés, les différentes recherches qui portent sur eux ne peuvent
que se fertiliser mutuellement. La revue s'élargit donc des musées à la culture.
Revue scientifique à comité de lecture, Culture et Musées publie des travaux de
recherche inédits sur les publics, les institutions et les médiations de la culture. Les
contributions, regroupées autour d'un thème ou d'une problématique, font de chaque
livraison un ouvrage collectif chargé d'approfondir une question vive et qui est placé,
à ce titre, sous la direction d'un scientifique spécialiste choisi par le comité de rédaction.
Des «Expériences et points de vue» présentent des réflexions, livrent des expériences,
ouvrent des débats sur des questions suscitées par l'évolution des savoirs et des pratiques.
Une partie «Lectures et nouvelles» rend compte d'ouvrages, de travaux novateurs
(mémoires, thèses, études et recherches) et informe les lecteurs sur les publications ou
les manifestations.
La revue s'adresse aux professionnels, aux chercheurs et aux étudiants, ainsi qu'à
toutes les personnes intéressées par l'évolution actuelle du domaine des musées et de
la culture. Elle est publiée avec les soutiens de la direction des Musées de France et
de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Défendre le patrimoine, cultiver l'émotion
A bien des égards, la notion de patrimoine s'est construite sur la distance prise vis-à-vis
de l'émotion. Le sacrifice exemplaire des affects à son endroit garantirait la spécificité
d'une «prise» savante sur ses objets. Lorsque, au contraire, le sentiment l'emporte, ce
serait toujours sous la forme, exacerbée, de passions identitaires, plus dangereuses
souvent en matière d'héritage que la simple indifférence, à la fois par les exigences
d'actualisation qu'elles lui imposent et par les risques d'iconoclasme en retour qu'elles
lui font courir.
Aujourd'hui, toutefois, l'évolution patrimoniale - à travers une approche par les
valeurs reconnues par les différentes communautés, au rebours de la justification par
une science extérieure, désintéressée - met au premier plan les questions de l'émotion
et de la distance. Ce numéro examine, dans cette perspective, diverses spéculations, en
différents lieux et à différentes époques, sur l'émotion et sur son exacerbation, ou au
contraire son absence, et plus généralement sur les attitudes patrimoniales qui lui sont
liées, entre maîtrise et vénération, sollicitation et évocation.