D'un monde qui n'est plus

Notre foyer était triste, et c'est pourquoi tout petit déjà je
préférais vivre dans la rue plutôt que chez moi.
Cette tristesse, c'était d'abord la Torah qui en était
responsable : elle remplissait le moindre recoin de la maison
et pesait lourdement sur l'humeur de
tous. C'était plus une maison d'étude
qu'un chez-soi : une maison de Dieu,
plus qu'une maison d'hommes.
D'un monde qui n'est plus évoque
avec tendresse et précision les souvenirs
d'enfance d'Israël Joshua Singer.
Ces Mémoires nous emportent dans
l'atmosphère pittoresque du shtetl de Lentshin, non loin de
Varsovie, où s'est réfugiée - sous la houlette du père d'Israël
Joshua Singer, le rabbin Pinhas Mendel - une communauté
de Juifs paysans expulsés de leurs villages par la police russe.
À travers le regard de l'enfant, on plonge dans un quotidien
pétri de croyances et de rituels où le mauvais oeil attend au coin
de la rue. On découvre les secrets de chacun, l'austérité de la vie
au shtetl , mais aussi les déchirements identitaires et les discriminations
qui bouleversent les communautés juives polonaises en
ce début de XX<sup>e</sup> siècle.
D'un monde qui n'est plus , écrit par l'un des grands maîtres de
la littérature yiddish, demeure, au-delà de sa valeur historique,
un témoignage unique.