Libéralisme et anti-libéralisme dans la pensée politique

L'idée influe sur la réalité, et à son tour, celle-ci influe sur l'idée. Ce sont
moins les théories politiques que les conflits politiques, qui déterminent le
sens réel des mots et la teneur des idées. Il y a une interaction permanente
entre la théorie et l'action politique. L'histoire des idées politiques est dans une
certaine mesure l'histoire du combat entre les idées politiques. L'histoire du
libéralisme en témoigne.
Combat philosophique et combat politique font alors cause commune.
L'abstrait s'arme de concret. La philosophie politique finit par subir les contre-coups
du combat politique, incessant et contraignant, tant à travers ses
axiomes qu'à travers son discours. La confusion s'installe dans les esprits. Un
écart se creuse irrémédiablement entre la conception initiale et son interprétation
par ses adversaires au nom d'autres philosophies politiques. Le libéralisme
est combattu par l'anti-libéralisme, à l'échelle philosophique, politique, économique
et social. La pureté philosophique est alors souillée par l'impureté de
l'action politique, tout comme l'honnêteté philosophique se retrempe dans les
errements politiques. Préjugés et raisons s'entremêlent.
C'est dans cette optique que l'histoire des idées politiques et l'analyse des
philosophies politiques nous semblent avoir une certaine pertinence ou utilité.
Puisque la philosophie politique en question, en l'espèce le libéralisme, est
amenée, sans remettre en cause ses postulats de base, à approfondir sa
démonstration, éclaircir ses éléments obscurs, ses concepts ou son discours,
rectifier ses éventuels excès, à relire les philosophies critiques ou anti-libérales
elles-mêmes en vue de réexaminer sa propre pensée.