Dire Straits : l'Amérique fantasmée

C'est somme toute toujours la même histoire. Celle d'un gringalet des
îles Britanniques marqué par sa découverte d'Elvis Presley et de Buddy
Holly, captivé par le twang de Duane Eddy, fasciné par le vibrato main
gauche de B.B. King, les bends d'Albert King, la slide d'Elmore James, qui
comprend avec les chansons de Bob Dylan que l'on a le droit d'écrire des
textes intelligents sans trop se soucier de son timbre vocal.
Des enluminures de «Sultans Of Swing» au riff de «Money For
Nothing», Dire Straits est d'abord l'écrin de son leader et guitariste,
Mark Knopfler. Mais derrière les tubes se cache le paradoxe rare d'un
groupe qui a accédé au succès en radicalisant sa vision. Émergeant
en pleine frénésie punk avec une musique rêvant d'Amérique et
d'espaces, le groupe incarne autant les travers des années quatre-vingt
- clips, stades, synthétiseurs et saxophones - qu'il s'en méfie.
Sa disparition discrète permettra à Knopfler de cheminer auprès de
ses héros Chet Atkins et J.J. Cale, aspirant à un calme que son talent
lui a longtemps refusé.