La génération (1805)

Le naturaliste allemand Lorenz Oken (1779-1851) est l'un des principaux représentants de la Naturphilosophie , un courant de pensée extrêmement florissant dans l'Allemagne des premières décennies du XIX<sup>e</sup> siècle et impliquant tous les domaines de la production intellectuelle. Inspiré par les principes philosophiques de Schelling, Oken s'emploie à les appliquer aux sciences de la nature et édifie ainsi toute une biologie sur ces fondements. Il s'intéresse en particulier au problème de la reproduction et du développement des êtres vivants, qui a suscité de vives controverses tout au long du XVIII<sup>e</sup> siècle. Dans La Génération (1805), ouvrage traduit ici pour la première fois, il réexamine les données du débat et propose une théorie entièrement nouvelle : selon lui, la génération n'est autre qu'une agglomération de composés élémentaires du vivant, les « infusoires », qui s'assemblent lors du développement et de la croissance, puis se dissocient de nouveau à la mort de l'individu, suivant ainsi un cycle éternel. Cette idée le conduit, notamment, à repenser l'ordre de la nature, mais aussi la signification et l'origine de la sexualité.
Cet ouvrage revêt donc une grande importance dans l'histoire des sciences, mais aussi dans celle de la philosophie, la distinction ne faisant d'ailleurs aucun sens dans la pensée d'Oken. Il témoigne d'une tendance intellectuelle qui va jouer un rôle majeur dans l'Allemagne du XIX<sup>e</sup> siècle, et son style exubérant, volontiers ésotérique, non dénué d'envolées poétiques, est tout à fait représentatif de la littérature scientifique romantique allemande, entre fin des Lumières et essor du positivisme.