Sèves et veines

Je suis gonflée de joie. Une joie brutale, dure, qui me
donne envie de crier des sons secs et rauques - cris d'un
animal affolé, cris d'un enfant que l'on poursuit par jeu
et qui jette de ces petits cailloux sonores derrière lui. Je
me laisse aller à écouter ce que je me murmure au creux
de mon silence : mots réconfortants et doux. Je laisse encore
un peu la voix chanter en moi, me subjuguer, amollir une
à une mes inhibitions. Et je me lève enfin, après cette chute
interminable du haut de ma falaise. Une voix, la voix destructrice
qui restreint, rétrécit : s'est tue en moi. Sans elle
enfin, je peux tout entreprendre. Me voici projetée dans le
possible. Il n'y a plus de limites - puisque, une fois de
plus, je suis morte.
Sèves et veines constitue le premier tome
d'un journal de sensations.