La métaphysique de la chair : Antonin Artaud et la danse buto

Le danseur du buto ne manque pas
d'exercer sur le spectateur occidental
une étrange fascination : son corps
dénudé d'une blancheur poudreuse,
ses attitudes contorsionnées, fantasmagories
de mondes inhumains, évocations
corporelles sur scène des
esprits du monde végétal et minéral,
ou d'ancêtres encore possessifs.
Pourtant, si exotique que le buto nous
apparaisse dans ses formes et ses élans
- dans la lenteur et les suspensions
mêmes de ses gestes - l'esprit français
n'est pas étranger à sa genèse. Hijikata,
initiateur de cette nouvelle danse
japonaise, s'est inspiré de l'oeuvre
d'Antonin Artaud qui voulait faire de
la scène le lieu d'un dépassement du
corps organique. La relation entre le
buto et l'oeuvre d'Artaud se comprend
ainsi à travers leur commune aspiration
à faire de la chair une expérience
métaphysique. C'est vers ce renouveau
du corps que Domitie de Lamberterie,
elle-même pratiquante de buto, se propose
de nous faire cheminer.