Le mouvement moderniste de Thessalonique (1932-1939). Vol. 1. Figures de l'intimisme

«Nous ne sommes plus seuls» : par ces mots, Constantin Dimaras a
salué, d'Athènes, la naissance du centre grec de la prose d'avant-garde et
du «monologue intérieur» (essotérikos monologos) que passe pour être
l'«Ecole de Thessalonique». On englobe ordinairement sous ce vocable
les divers aspects d'un mouvement moderniste initié par la revue Jours de
Macédoine qui fut, avec les Lettres Nouvelles , le plus important foyer de
création de l'entre-deux-guerres en Grèce. En réaction à la tradition du
récit de moeurs et à la mode du roman à thèse, un groupe d'auteurs partageant
une esthétique des «choses incertaines» s'est en effet réuni autour de
ce mensuel avec l'ambition de renouveler la prose néo-hellénique.
Délios et Xéfloudas, de culture française mais fascinés par les nouvelles
romancières anglaises, se frottent au roman lyrique. Spandonidis et
Yannopoulos proposent des récits troublants dans une veine post-piran-dellienne.
Pentzikis et Thémélis mettent de concert leur culture antique et
byzantine à l'épreuve de la modernité européenne. Le point commun de
tous ces essais, plutôt qu'un monologue intérieur peu pratiqué, est un intimisme
singulier voyant l'auteur se confier à son lecteur ou dialoguer avec
ses personnages dans des récits non linéaires régis par les détours d'une
errance intérieure et les replis d'un texte spéculaire, qui réinterprètent à
l'âge moderne les mythes d'Ulysse et de Narcisse.