Fontanges

«... je repris ma promenade qui m'éloigna lentement
de ces rencontres, poursuivant l'écoute attentive des carillons ;
cependant, je ne perçus aucune mélodie particulière...
J'emportai seulement le souvenir d'une douce harmonie, tout
en me demandant si nous entendions, tous, les mêmes sons ;
puisque les sens semblaient fort embarrassés pour décrypter ces
romances inaudibles à mes oreilles, les bergers et quelques
autres, sûrement, devaient être dotés d'une acuité particulière
de l'âme et du coeur. Là devait être la véritable inégalité des
hommes.
A l'écart des regards avides, à l'ombre légère du silence
intérieur existait probablement une chimie particulière régissant
l'essence des mondes qui nous enveloppaient, dissolvant
les nuances du ciel avec les effluves de l'enfance et de la
musique, car je ressentais en moi une fluidité qui ressemblait à
celle de la prime jeunesse, mais semblait pouvoir s'étendre bien
au-delà du temps et de l'espace embrassés par une simple vie.
Peut-être existait-il un domaine de la poésie, hors du monde
tangible, dans lequel on ne pénétrait que si l'on était mû par
des sentiments de beauté et de paix ? »