Le consul honoraire

Debout parmi les rails et les grues jaunes du petit port sur le Paraná, le
Dr Eduardo Plarr observait le plumet de fumée qui s'étirait horizontalement
au-dessus du lointain Chaco, et qui planait entre les barres rouges du couchant,
comme la raie distinctive d'un drapeau national. Le Dr Plarr se trouvait seul
à cette heure-là, à part l'unique matelot de garde devant le bâtiment de la marine.
C'était le genre de soir qui, par un mystérieux effet de lumière déclinante alliée
à l'odeur d'une indicible plante, réveille chez certains le sens de l'enfance et
d'espoirs à venir, et chez d'autres le sens de quelque chose de perdu, même pour
la mémoire, ou presque.
L'Amérique du Sud, avec ses sourdes agitations révolutionnaires...
Un groupe de guérilleros croit enlever un ambassadeur des États-Unis
en otage, et n'enlève qu'un consul britannique, «honoraire» de surcroît,
qui n'intéresse personne - surtout pas son lointain gouvernement.
Dans ce beau et grand roman, la confusion de notre temps se traduit
par une tragi-comédie des erreurs. Ce qui ne l'empêche pas d'être gravé
à la pointe sèche de cet humour qui est la marque de l'alliage subtil dont
est fait le génie de Graham Greene.