L'érotisme joyeux du Moyen Age : de Guillaume IX de Poitiers à Jean Molinet : une anthologie de textes

Le franc succès du petit livre Quelques canailleries médiévales a incité Emile Lanc à
poursuivre ses recherches. Il a découvert, et traduit en français moderne, d'autres
canailleries, aussi drôles, aussi cocasses, aussi libertines, parfois crues, mais qui toujours
font rire. Car nos ancêtres, au Moyen Âge, ignoraient le trouble, le salace, la pornographie
honteuse. On l'a dit : en ce temps-là, la fesse était joyeuse ! Et la sexualité se racontait
dans un grand rire sain. On est loin du XIX<sup>e</sup> siècle et de ses dessous cachés. On n'avait
pas encore besoin de Freud...
On appelait un chat un chat, un con un con. On a tant aimé le petit conin des femmes qu'il
a fallu, à la longue, trouver un autre nom que «conin» pour désigner le lapin ! Mais que
j'en rie ! dit, dans un poème, une jeune fille de 18 ans, quand elle eut la douceur sentie de
ce doux membre dur et droit. On célébrait les gros vits pour le plus grand bonheur des
dames qui en admiraient les plus gaillards : Guillaume IX de Poitiers, Duc d'Aquitaine,
raconte qu'un gars les foutit cent et quatre-vingt et huit fois, tant qu'il en eut le vit tout de
guingois ! Il est aussi question, parfois, d' un pied d'andouille entre deux jambons et de
ce métier joli que l'on fait sans chandelle. Et lorsque le ton devient mélancolique, ce sont
les regrets des vieux qui se lamentent : Ah ! si j'eusse mon vit ancien !
On dit qu'il a «l'esprit mal tourné» celui qui prend un mot - anodin - pour un autre -
coquin. Dans le fabliau De la Damoiselle qui abreuva le poulain, rien n'est dit, tout est
suggéré par d'autres mots anodins, mais n'est-ce pas en fin de compte plus érotique
encore ?
Emile Lanc sait y faire, écrit Jacques De Decker, il n'a pas seulement glané jalousement
ces textes qui étaient oubliés - ou méprisés, ce qui est pire encore. Il les a collationnés
avec la gourmandise du connaisseur, la fièvre patiente du collectionneur. Que n'a-t-il dû
ratisser pour rassembler ce riche florilège ? Il a mis la main sur ce que ce gisement
pouvait avoir de plus savoureux, drôle, gouleyant et émouvant.
Mais il a aussi veillé à rapprocher ces chansons et poèmes de nous, sans les réduire ou
les édulcorer. Pas de lourdeurs, pas de cuistres raideurs dans ses transpositions, qui
rafraîchissent plutôt qu'elles ne décapent, qui nous permettent d'apprécier sans que les
écrans opaques des archaïsmes ne s'interposent.