Infimes instants du désastre

Le narrateur, Moshe, est dépositaire de ce que lui ont confié,
avant de mourir, Isak et Jozef, survivants de la Shoah. Isak
et Jozef ne sont pas des héros, ni même des personnages,
et leur vie n'a rien de remarquable, tout au plus s'agit-il de
«personnes infimes». Le coeur de ce que doit écrire Moshe
n'est donc pas dans le récit de ce qu'ils ont vécu, mais bien
dans l'incroyable difficulté où Isak et Jozef se trouvaient de
dire quelque chose de ce qu'ils avaient vécu : au point que le
silence leur fut règle. Ce qui leur restait, ce n'était pas leur
histoire, ou des bribes de leur histoire, mais seulement des
impressions, des moments, des formes prises momentanément
par ce qui avait été le désastre. Et Moshe ne peut trouver
le dire que parce qu'il trouve écho dans le temps qui passe
de ces impressions du désastre, du même désastre...