La forêt des ombres : récits et nouvelles de chasse au grand gibier

«7 h 45, je n'en crois pas mes yeux ;
une compagnie de sangliers débouche
sur ma droite, à une heure
si tardive ! Elle a dû s'attarder
dans les champs ou être dérangée.
Consciente du danger potentiel,
elle file d'un trot alerte vers sa
bauge. Je n'ai que peu de chances
de lui couper la retraite, pourtant
je cours à sa rencontre en espérant
une improbable pause dans sa progression.
Hélas, lorsque je parviens à portée de tir de la coulée, la
dernière des bêtes rousses sort de mon champ de vision.
Reprenant mon souffle, j'aperçois un attardé qui suit à distance. Je
l'observe quelques instants. Le doute n'est pas permis, la lourde
masse isolée ne peut être qu'un mâle. Je pose ma carabine sur ma
canne de pirsch et j'attends son passage sur les traces des femelles
et des jeunes. Deux secondes plus tard, son profil glisse dans ma
lunette, trois secondes, mon arme hurle pour la première fois, dix
secondes, il entame sa dernière culbute, trente secondes, il repose.
La longueur de la table d'affûtage des défenses qui jaillissent de la
mâchoire avec presque 10 cm apparents me font prendre conscience
de la récompense que la déesse vient de m'accorder : un grand vieux
sanglier de huit ans peut-être. C'est un vieux maître que je viens
d'affronter et devant lequel je m'incline. Je reste de longues minutes
auprès de sa dépouille respirant son enivrante odeur de réglisse.»
Alors que la ville s'agite frénétiquement, la forêt toute proche redonne au
temps sa lenteur. Les animaux sauvages qui y vivent respectent encore le
rythme des saisons et les équilibres naturels. Visible pour ceux qui savent
encore observer, la faune nous permet de renouer avec l'essentiel.
Après Chasses de montagne d'un simple citadin, Olivier Gully livre une
vision originale de la chasse en confrontant ses souvenirs aux "impressions"
du gibier qu'il poursuit.