Le Royaume-Uni et la France au test de l'immigration et à l'épreuve de l'intégration : 1930-2012

Pays d'émigration longtemps rétif à l'accueil d'immigrés, le Royaume-Uni
se dota après 1945 d'une loi d'inspiration universaliste qui allait encadrer
l'entrée d'immigrés du nouveau Commonwealth conçus comme des
nationaux-citoyens à part entière ( British Nationality Act , 1948). Cela
ne se fit pas sans heurts ni contradictions. L'immigration s'imposa très
tôt comme une préoccupation politique majeure. Dès les années 1960,
restrictions migratoires, mesures antidiscriminatoires et rejet de l'assimilation
allaient façonner le «modèle d'intégration britannique».
Dans la France de 1945, l'universalisme influença la définition des
politiques d'immigration. Bénéficiaires des politiques sociales d'après-guerre
(santé, logement, etc.), les immigrés, soumis à des contrôles
migratoires minimalistes jusqu'au premier choc pétrolier, furent
néanmoins, dans une certaine mesure, tenus à distance de la société
française, en vertu de la forte dichotomie républicaine entre nationaux et
étrangers. Une longue période de tâtonnements en matière d'intégration
s'ouvrit en 1974, ne prenant fin qu'en 1991, avec la définition, par le
Haut Conseil à l'Intégration, de «l'intégration républicaine», distincte à
la fois du multiculturalisme et de l'assimilation.
Depuis le 11 septembre 2001, les discours politiques français et
britanniques sur l'intégration, naguère très différents, ont convergé.
Outre-Manche, la promotion inédite de «valeurs communes» n'a pas
conduit à la disparition de réflexes différentialistes inhérents aux politiques
d'inspiration multiculturaliste des années 1980 et 1990. De même, en
dépit d'une érosion réelle, le modèle républicain français résiste, malgré
les pressions incessantes et souvent contradictoires qui s'exercent sur lui.