La Normandie, couleur pastel

Il avait fermé un œil et chatouillait la feuille de papier de Hollande du bout de la pulpe des doigts. Le soleil baignait dans un festival de vieux rose, prêt à se vautrer dans la mer. Le jour déposait le bilan dans ses nuances jaune paille et l'artiste besognait avec une prudence de chat. Sa craie avait un talent de crépuscule. Il sentait que l'ombre montait. Car, ici, l'ombre monte. Les ciels sont changeants. L'incertitude fraîchit Ouest. En un instant, une bourre de nuages réglisse a caramélisé l'horizon. Les lauzes de schiste tout à l'heure vert tendre se sont endeuillées, un troupeau de moutons a blanchi la bavette de l'eau et le jour a viré brun. C'était fichu, foutu, remis à plus tard. La feuille a rejoint le carton épais des épreuves tournant court, des lumières impossibles du chercheur d'art impénitent. La Normandie pose ainsi des lapins pendables et coule entre les doigts de ceux qui tentent de lui chiper ses riches heures. Ce pays est une farce. Une fantaisie. Un mirage. L'artiste s'est promis de revenir demain...