La nuit de Cassandre

Une Cassandre au-dessus des temps, de tous les temps, hors du temps - entre
la prévision du destin funeste et historique de la ville de Troie, du sort de sa
cité, de ses guerriers, de ses femmes et la vision des cataclysmes d'aujourd'hui
et de demain. Le passage réitéré de la vision et de l'annonce des
catastrophes à l'échelle mondiale au rêve tout personnel d'un monde
inaccessible de paix et de calme.
C'est une poésie, un texte sur la solitude de celle qui voit sans pouvoir ni éviter
les catastrophes - ni changer le comportement des humains qui les
provoquent, mais qui reste toujours animée par ce profond désir de l'absolu
inaccessible où l'amour serait l'unique remède à tous les malheurs. Souvent
ces visions de désastres et de scènes barbares se répètent dans des
évocations différentes - mais l'humanité ne vit-elle pas mondialement cette
répétition interminable de carnages, de dévastations et de massacres,
provoquant ainsi sempiternellement ses propres souffrances ? Cassandre passe
finalement de cette prise de conscience douloureuse au calme d'une liberté
détachée, où aucune divinité ne peut plus l'atteindre, où seule la mort
l'attend.
Jean-Luc Vandamme peint ces souffrances, ces visions, ces rêves
nostalgiques avec des nuances verbales, des images hallucinatoires d'une
force et sensibilité rares. C'est un langage spontané qui semble passer à
travers lui comme l'annonce des événements passe à travers la bouche de
la prêtresse.
Wolfram Mehring
Extrait de l'avant-propos