Poétique de l'itinéraire dans la littérature du Japon ancien : michiyuki-bun

Dès l'origine, la figure du voyageur est omniprésente dans la littérature
japonaise. Mais ces voyageurs, à la différence de Gilgamesh, de Sinouhé
ou d'Ulysse, ne s'aventurent pas au-delà des limites de leur pays. C'est sur les
routes du Japon, inlassablement parcourues, que le lecteur les rencontre.
Les toponymes, notamment les noms des sites célèbres du pays,
apparaissent constamment dans la poésie et le roman classiques. Du XII<sup>e</sup> au
XVI<sup>e</sup> siècle, les journaux de voyage se multiplient. Durant cette même période,
les évocations d'errances sur les routes de l'archipel occupent une place
de choix dans la littérature de fiction, au point de faire l'objet d'un traitement
rhétorique particulier et de donner lieu à une forme spécifique : le michiyuki-bun.
Des dizaines de michiyuki-bun constellent l'épopée, le roman médiéval,
le théâtre nô.
On cherche ici, par une étude de la poétique ancienne ainsi que par
l'analyse de quelques grands mythes littéraires, à préciser comment les
Japonais ont, au cours de l'histoire, remodelé leur pays selon les lois d'une
géographie fantasmatique, quelle signification ils ont donnée aux randonnées
sur les sites célèbres, comment s'est cristallisée dans une forme originale une
certaine conception de l'espace et du temps.