Présent au monde : Paul Goodman

Revenir sur l'oeuvre de Paul Goodman, inspirateur d'Ivan Illich et
de bien d'autres intellectuels radicaux, est devenu une nécessité, voire une
urgence à l'heure où l'intelligentsia, en mal de repères idéologiques, se rallie
au néolibéralisme ou se résigne au silence (à l'exception, très goodmanienne,
des contestataires de la mondialisation sauvage).
Bernard Vincent a consacré en 1976 et 1979 deux ouvrages à Paul
Goodman. Il les reprend ici non sans les avoir mis à jour et enrichis de
données nouvelles. Le premier se présente comme une synthèse générale
de la critique sociale et de l'utopisme goodmaniens (la «reconquête du
présent») ; le second dévoile comment la pensée de Goodman s'applique à
trois des principaux lieux de l'homme - l'école, la ville, le monde : toujours
il s'agit d'être, malgré les forces puissantes et les rêves fallacieux qui vous en
détournent, «présent au monde», cette quête incessante s'inspirant à la fois
du pragmatisme américain, des leçons du gestaltisme et de la philosophie de
Lao-tseu.
La pensée critique/utopique de Paul Goodman est à la fois passionnante
à découvrir (ou à redécouvrir) et vertigineuse, tant le réalisme y côtoie
l'irréalisable, tant l'audace avant-gardiste se conjugue avec la nécessité d'un
«conservatisme néolithique». À nos sociétés désemparées où l'égoïsme, la
violence et la dépression tendent à devenir un mode de vie, à nos cultures
avides et obèses, où l'homme «a tout pour être heureux» mais où l'imagination
sociale semble lui faire défaut, Goodman lance un défi que, depuis la
disparition d'Illich, plus personne n'ose formuler : et si, face à la pensée unique,
c'est-à-dire à l'absence de pensée, nous imaginions, ici et maintenant,
et en rétablissant le contact avec notre seul monde, des alternatives !