Raison publique, n° 10. Excuses d'État

Raison publique, n° 10. Excuses d'État

Raison publique, n° 10. Excuses d'État
2009320 pagesISBN 9782840506638
Format: BrochéLangue : Français

Une vague de regrets, mêlée d'excuses et de quelques éléments de repentance, a

déferlé sur la planète à partir de la fin des années 1980. Bill Clinton a exprimé

ses «regrets» pour l'esclavage qui fut pratiqué aux États-Unis. En juillet 2008,

le Congrès américain a adopté un texte «présentant des excuses aux Noirs

américains au nom du peuple des États-Unis pour le mal qui leur a été fait» sous

les lois ségrégationnistes et «pour leurs ancêtres qui ont souffert de l'esclavage».

Tony Blair a, de son côté, exprimé en 2006 des «regrets» sur le rôle joué par le

Royaume-Uni dans le commerce triangulaire, mais sans aller jusqu'à présenter

des excuses pour la traite des Noirs. Pourtant, en 1997, le même Tony Blair

demandait pardon pour la négligence des autorités britanniques face à la grande

famine d'Irlande. La reine Elisabeth II avait présenté pour sa part, en 1995, des

excuses officielles à la plus grande tribu Maori de Nouvelle-Zélande pour la

dévastation de ses terres au xixe siècle. En Australie, un vaste mouvement de

mémoire collective et de contrition s'est développé à l'égard des agissements

passés des colons blancs à l'encontre des Aborigènes. Le 12 février 2008, le Premier

ministre Kevin Rudd a finalement présenté les excuses officielles de son pays aux

Aborigènes pour les injustices qu'ils ont subies pendant deux siècles.

La liste est longue et la France y aura aussi contribué en 1995, lorsque le Président

Jacques Chirac reconnut la responsabilité de la France de Vichy dans la déportation

des juifs entre 1942 et 1944.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que ces actes de repentance ou d'excuse ne

vont pas sans difficulté. Politiquement, de façon générale, ne pas présenter des

excuses paraît désormais de plus en plus inexcusable. Mais s'excuse-t-on jamais

assez ? Pire : dans les cas extrêmes, les excuses ont-elles encore un sens ? Au fond,

quelle est la validité morale des «excuses» institutionnelles ou collectives. Ces

interrogations en entraînent d'autres : qui peut présenter de telles excuses ? Ces

regrets sont-ils sincères, ces excuses sont-elles pleines et entières ? Que valent

des regrets sans excuses ? L'ombre d'une intention politique de circonstance

enlève-t-elle toute valeur à l'expression de regrets ou d'excuses ? Des excuses

sans réparation matérielle ont-elles une valeur ? Etc. Dans le fond, la question

est bien de savoir si la notion même de «réparation morale» a un sens. Si l'on

considère que cette réparation vise à restaurer ou instaurer la confiance, comment

un tel programme est-il réalisable dans le cas particulier des institutions ou des

entités collectives ?

À partir d'analyses de cas, ce dossier, coordonné par Jacques Sémelin et Kora

Andrieu, s'attache à faire le point sur cette difficile question des excuses d'État.

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