Connaissance des Pères de l'Eglise, n° 139. La miséricorde

« Heureux les miséricordieux , dit le Seigneur :
ils obtiendront miséricorde ! La miséricorde n'est
pas la moindre des béatitudes. Et encore : Heureux qui comprend
le pauvre et le faible. Et aussi : L'homme bon compatit
et partage. Ailleurs encore : Tout le jour, le juste a pitié, il
prête. Emparons-nous donc de cette béatitude, sachons
comprendre, soyons bons.
La nuit elle-même ne doit pas arrêter ta miséricorde.
Ne dis pas : Reviens demain matin et je te donnerai. Qu'il n'y
ait pas d'intervalle entre le premier mouvement et le bienfait.
La bienfaisance seule n'admet pas de délai. Partage ton
pain avec celui qui a faim, recueille chez toi le malheureux
sans abri , et fais-le de bon coeur. Celui qui exerce la miséricorde ,
dit saint Paul, qu'il le fasse avec joie. Ton mérite est
doublé par ta promptitude. Le don fait avec chagrin et par
contrainte n'a ni grâce ni éclat. C'est avec un coeur en fête,
non en se lamentant, qu'il faut faire le bien.
Si tu fais disparaître le joug, le geste de menace , dit le Prophète,
c'est-à-dire si tu abandonnes l'avarice, la méfiance,
si tu cesses d'hésiter et de grogner, qu'arrivera-t-il ?
Quelque chose de grand et d'étonnant, une magnifique
récompense : Alors ta lumière jaillira comme l'aurore, et tes
forces reviendront rapidement. Et y a-t-il quelqu'un qui ne
désire la lumière et la guérison ? [...]
C'est pourquoi, si vous voulez bien m'en croire, serviteurs
du Christ, ses frères et ses cohéritiers, tant que nous
en avons l'occasion, visitons le Christ, honorons le Christ.
Non seulement en l'invitant à table, comme quelques-uns
l'ont fait, ou en le couvrant de parfums, comme Marie
Madeleine, ou en participant à sa sépulture, comme
Nicodème, qui n'était qu'à moitié l'ami du Christ. Ni enfin
avec l'or, l'encens et la myrrhe, comme les mages l'ont fait
avant tous ceux que nous venons de citer.
Le Seigneur de l'univers veut la miséricorde et non le sacrifice ,
et notre compassion plutôt que des milliers d'agneaux
engraissés. Présentons-lui donc notre miséricorde par les
mains de ces malheureux aujourd'hui gisant sur le sol, afin
que, le jour où nous partirons d'ici, ils nous introduisent
aux demeures éternelles , dans le Christ lui-même, notre
Seigneur, à qui appartient la gloire pour les siècles.»
Grégoire de nazianze, Homélie sur l'amour des
pauvres 14, 38-40.