Annales historiques de la Révolution française, n° 364

Les serviteurs du pouvoir, les
versificateurs habiles à chanter
l'ordre établi sont les oubliés d'une
histoire qui a bien davantage consacré
les pamphlétaires et les satiristes.
Surtout en cette France du premier
XIXème siècle où leur geste a tous
les traits d'un Ancien Régime qui
se refuse à mourir. Pourtant, entre
1815 et 1830, près de 3000 poésies
sont écrites à la gloire des Bourbons
restaurés par une curieuse cohorte
d'auteurs qui va du jeune «enfant
sublime» de la poésie au polygraphe
habile, en passant par les poètes-misère,
les royalistes de combat,
les peu-lettrés ou les académiciens
besogneux.
L'objet de ce livre est là : dans ce
continent oublié de la littérature de
célébration qui éclaire, entre poésie
et histoire, toutes les convulsions
d'une ère de transition et de
deuil entre l'Ancien Régime et l'âge
démocratique. Aussi cette histoire de
poètes et de princes est-elle moins
celle d'une tradition que celle de sa
subversion ; moins celle d'une célébration
enthousiaste que celle d'un
moment désenchanté. Discours
irraisonné sur la Révolution française,
discours de l'inquiétude et de
la hantise, discours provocateur et
sarcastique, entreprise normative
de reconstruction d'un ordre socio-politique,
aspiration à l'unanimité
reconstruite par delà la déchirure
révolutionnaire : la parole de gloire
de la Restauration a plus rêvé le
monde et le pouvoir qu'elle ne les a
naïvement célébrés.