Grosse vache

Mon oesophage se contractait et me faisait sursauter. Mais il était
trop tard pour m'arrêter alors je me suis forcée, malgré les nausées,
mon ventre criait mais ma tête me disait de continuer. C'est comme
une pulsion qui part de mon ventre à ma tête, cette pulsion me
disait : «Mange, mange, encore et encore, vas-y, bouffe !»
À chaque bouchée de sandwich je mordais de façon bestiale dans
mon saucisson. Quelques bouts de gras se coinçaient entre mes dents,
j'adorais manger cette chair graisseuse et adipeuse, la sentir titiller mes
papilles pour venir mourir dans ma gorge. Je salivais comme une truie,
ma petite culotte elle aussi semblait y prendre plaisir. Quelques coulures
de mon jus venaient se coller entre mes cuisses. Ma gorge et mon
sexe avaient autant l'un que l'autre envie de jouir, sous tant de plaisir.
Roman dont l'héroïne ressemble étrangement à son auteur,
Grosse vache nous en dévoile la part la plus intime, son combat
contre l'anorexie-boulimie. Davantage qu'un énième témoignage
souffreteux, l'originalité de ce livre fort est le regard sain porté
sur ce mal qui peut tuer. Nina Roberts explore à la lumière de
son rapport à la sexualité les abîmes de sa différence. Encouragée
par le succès de J'assume , confession d'une ancienne star du X,
elle signe ici sa première véritable oeuvre de fiction.