La reconstruction transculturelle de la justice : mondialisation, communautés et individus

Dans le contexte de la présente mondialisation, les cultures prétendent être
les seules formes de vie justifiables. Mais la guerre pour les divers monopoles
culturels réactive les fondamentalismes de toutes les religions et transforme les
cultures en pouvoirs qui affirment aussitôt la puissance et l'universalité de leur
esprit critique mais aussi l'invalidité de l'esprit critique des autres cultures.
Pour maximiser la satisfaction des désirs tout en respectant la liberté de
tous, l'expérimentation libérale de l'être humain érige le consensus entre
partenaires sociaux comme la seule instance capable de juger les hypothèses
de vie expérimentées dans la vie économique et culturelle. Cette expérimentation
économique et culturelle reste aveugle et les conflits interculturels qui
opposent les communautés le demeurent tout autant car ces consensus oublient
de se juger eux-mêmes. C'est un communautarisme fermé qui paraît caractériser
dans ce contexte la renaissance des fondamentalismes : il implique une sorte de
marginalisation des individus.
L'objet de cet ouvrage est de reconsidérer les relations entre mondialisation,
communautés et individus en situant les unes par rapport aux autres les cultures
et les valeurs authentiques sur lesquelles elles sont fondées et en explorant leurs
capacités à réélaborer une véritable culture de la justice à l'aide d'un dialogue
transculturel, basé sur une ouverture réelle des cultures. Car nous avons à
réintégrer l'usage d'un jugement critique dans cette expérimentation culturelle en
validant les formes de vie culturelles qui s'y affirment comme conditions de vie
universalisables et en mobilisant toutes les forces de jugement critique rendues
disponibles en sciences humaines, en art, en lettres et en philosophie pour aider cette
culture de la justice à se forger chez les individus et dans les communautés.