Malebranche : une philosophie de l'expérience

Quand j'ai donc comparé les sciences entre elles selon
mes lumières, les divers avantages ou de leur évidence ou de
leur utilité, je me suis trouvé dans un embarras étrange.
Tantôt la crainte de tomber dans l'erreur donnait la
préférence aux sciences exactes, telles que sont
l'arithmétique et la géométrie, dont les démonstrations
contentent admirablement notre vaine curiosité. Et tantôt le
désir de connaître, non les rapports des idées entre elles,
mais les rapports qu'ont entre eux et avec nous les ouvrages
de Dieu parmi lesquels nous vivons m'engageait dans la
physique, la morale et les autres sciences qui dépendent
souvent d'expériences et de phénomènes assez incertains.
Chose étrange (...) que les sciences les plus utiles soient
remplies d'obscurités impénétrables ; et que l'on trouve un
chemin sûr, et assez facile et uni, dans celles qui ne sont
point si nécessaires !