Journal quotidien : 21 septembre 1898-26 avril 1899 : la question du pain à peu près résolue, restent le loyer, le pétrole et l'amour

Journal quotidien : 21 septembre 1898-26 avril 1899 : la question du pain à peu près résolue, restent le loyer, le pétrole et l'amour

Journal quotidien : 21 septembre 1898-26 avril 1899 : la question du pain à peu près résolue, restent le loyer, le pétrole et l'amour
Éditeur: C. Paulhan
2015429 pagesISBN 9782912222527
Langue : Français

Né Gabriel Randon en 1867, Jehan-Rictus fut un enfant abandonné

par son père, maltraité par sa mère, seul au monde dans le Paris des

dernières décennies du XIXe siècle. Il a connu les petits-métiers, la

faim, la dèche et l'errance, jusqu'au jour où José-Maria de Heredia le

fait entrer dans l'administration. Devenu l'ami d'Albert Samain, de

Léon Bloy, de Saint-Pol-Roux, d'Édouard Champion, de Laurent Tailhade,

de Remy de Gourmont et d'artistes de la bohème, il se fait le

chantre de l'argot parisien, sous le nom de Jehan-Rictus : en 1897, il

publie à compte d'auteur Les Soliloques du Pauvre , illustrés par Steinlein.

Le succès de ce recueil permet à ce «poète de la misère moderne» de mener

une nouvelle vie, axée autour de la «langue des faubourgs» , qu'il lit

en public dans les cabarets de Montmartre.

C'est le 21 septembre 1898, jour de ses 31 ans, qu'il commence son

Journal (il le tiendra jusqu'à sa mort, le 6 novembre 1933), dans lequel

il s'est juré « de tout confesser, ingénument comme un faune ou satyre ou un

cynocéphale qui aurait le don humain d'écrire et de parler ». L'Affaire Dreyfus

- «l'interminable, l'emmerdante affaire» - étendue aux intellectuels

depuis le retentissant «J'accuse» de Zola, dans L'Aurore du 13 janvier

1898, fait toujours la une. Jehan-Rictus a d'ailleurs été un des premiers

signataires de la demande de révision, publiée le lendemain. Lecteur

forcené de journaux, il a cependant du mal à se faire une opinion sur

le capitaine Dreyfus : «Si cet homme est innocent, je crois que jamais au

monde depuis qu'il y a mémoire humaine, on aura vu quelque chose d'aussi

formidable comme malheur, comme infamies autour de lui.». Anarchiste

avant tout, il concède qu'au-delà de cette «querelle de bourgeois» , il aimerait

mieux «qu'il fut innocent parce qu'alors ça flanquerait un coup terrible

au prestige de l'Armée et des gens capables d'avoir commis une pareille

gaffe devraient être guillotinés - et on n'aura plus du tout confiance dans

une semblable justice».

Il évoque aussi les embarras de la capitale à la veille de l'Exposition

universelle et de l'ouverture de la première ligne du Métropolitain :

«Paris en ce moment est plein de terrassements, de barrages, de tas de matériaux,

de sable, d'outils, de moellons, de fondrières et de tranchées. Partout

des barrages, des barricades.» Mais le sujet inépuisable de ce Journal quotidien ,

c'est bien le personnage sensuel et «toujours en proie à l'angoisse

d'aimer» , que s'est construit Gabriel Randon à travers Jehan-Rictus :

«Je ne tiens à rien, j'ai le mépris de la vie et si je regarde bien au fond de

moi, tout au fond de mon coeur, j'y vois l'orgueil largement blessé, l'enfance

étiolée, l'adolescence médiocre, le bonheur impossible puisque je suis pauvre,

la pureté et la douceur premières violentées par l'injustice, le mensonge et les

dols, l'amour de la gloire perpétuellement éclaboussé de

boue, de médiocrité, et brochant sur le tout une ivresse extraordinaire

de la souffrance, un désenchantement complet,

une mélancolie irréductible, une amertume universelle et

enfin l'appétit de la douleur et de la mort.»

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