La répression sexuelle par les psychiatres : 1850-1930 : corps coupables

À partir du milieu du XIX<sup>e</sup> siècle, la psychiatrie occidentale a classifié
par le menu les déviances sexuelles dont certaines n'entamèrent leur lente
démédicalisation qu'après les Années folles, notamment sous l'influence
de la littérature. Il se trouve que la pathologisation des comportements
sexuels, hors de ce qui était considéré alors comme la normalité (c'est-à-dire
une sexualité orientée vers la seule procréation), coïncida notamment
avec la révolution industrielle et avec la reprise en main de l'ordre moral.
Cet essai propose d'étudier comment s'est construite une psychiatrie
de l'erreur qui s'est muée en psychiatrie de l'horreur, en instaurant une
répression sur les populations (notamment jeunes), sans précédent dans
le monde médical. Nos sociétés contemporaines en portent encore les
stigmates dans le subconscient collectif.
Outre le fait de souligner l'importance accordée à la morale et à la doxa
médicale dans la psychiatrie entre 1850 et 1930, La répression sexuelle
par les psychiatres présente un survol de cette psychiatrie pathologiste,
tout à la fois inventive et répressive, caractéristiques développées, à l'appui
des textes étonnants des aliénistes, dans deux chapitres consacrés l'un à
la masturbation et l'autre à l'homosexualité (la seconde étant à l'époque
regardée comme la conséquence de la première).
L'histoire somme toute récente de cette période-phare de la psychiatrie,
avec ses derniers grands aliénistes, ne permet-elle pas de mieux comprendre
l'impasse dans laquelle elle se trouve aujourd'hui ?