Faire, défaire, refaire : Carlo Baratelli, 1945-2010

Parfois, on serait tenté de dire à notre oreille intime :
«Si tu désires comprendre ton histoire, regarde où tu as mis
tes pieds ! Et, dans les plages encore vierges, tu tenteras de
construire la suite du chemin.»
Sans doute en est-il ainsi de Carlo Baratelli, dont le geste
doit nécessairement trouver sa motivation, d'où le signe, d'où
le sens ; explorer encore, construire toujours et avancer contre
le mur, même si la lumière espérée rétrécit son champ jusqu'à
devenir parfois improbable. Alors naît l'image du mur avec
ses opaques densités, mais aussi ses manques, ses faiblesses
entrevues dans lesquelles on perçoit une lueur - l'espérance
de la trace, toujours à réemboîter.
De prime abord, je serais enclin à penser que les images
artistiques, on les aime ou on ne les aime pas. Dans ce dernier
cas, moins que d'autres. C'est comme dans la nature ; on aime
le cerisier qui éveille en nous une sensation agréable, et moins
le sureau qui est une sorte de broussaille. Ensuite seulement,
on se rend compte de la couleur des fruits, de l'épanouissement
du ramage et de la fiabilité du bois. Mais il reste la chose
que l'on doit à l'un comme à l'autre : de considérer, ou pour le
moins d'imaginer, le sens et le contenu de leur existence.
Je sais bien que parler ainsi de l'art n'est pas très scientifique,
que cela ne représente pas un jugement de valeur, de
même que comparaison n'est pas raison. D'ailleurs, est-il toujours
nécessaire de comparer ? Imaginer ne suffirait-il pas ?...
Après avoir visité comme le ferait un marcheur au long
cours l'atelier de Carlo Baratelli, après avoir voyagé dans les
méandres navigables de sa pensée, regardé avec curiosité le
comment et le pourquoi des diverses transpositions, parcouru
avec lui les chemins qui l'ont mené à la création, que faut-il
d'autre pour faire un livre et imaginer qu'il est simplement
juste de le faire ? J.G.C.