Romain Gary : brève escale en Corse. Le quatuor insulaire

Les photos vieillissent mal. C'est vrai, les photos s'usent avec
le temps, seuls les regards demeurent. Celui de Gary était grave, il
réclamait une réponse et ne vous lâchait pas tant qu'il ne l'avait
pas obtenue.
Ma première rencontre a eu lieu chez lui, rue du Bac, à Paris. C'est
l'éditeur Jean-Claude Lattès qui nous a servi de trait d'union. Je savais
l'écrivain qu'il était, mais j'étais plus réservé sur le personnage. Son
côté provocant, son goût pour la mode, l'Amérique en arrière-plan,
les yeux clairs de Jean Seberg, son père qui aurait été l'acteur préféré
d'Eisenstein, un bric-à-brac pour agrémenter la légende.
A croire que l'on retient des écrivains ce que l'on colporte sur
eux plutôt que les livres qu'ils ont portés longtemps avant de s'en
délivrer.
Mon travail consistait à interviewer les Compagnons de la
Libération sur les raisons de leur engagement, les aventures qu'ils
avaient vécues en entrant dans la Résistance, la traversée de la
guerre, la clandestinité, les moments forts liés à cette période, le
retour à la vie normale.