Le printemps des femmes

... «C'est votre fils. Vous le protégez, vous l'excusez. C'est normal. Et
vous en profitez pour me servir, vous aussi, le sempiternel refrain : pendant
quatre ans, ils ont vécu l'enfer. Mais nous, nous les femmes, ça fait dix mille
ans qu'on est au purgatoire !»...
Ainsi s'exprime la colère de Perline, ce matin de 1919. Elle a 23 ans et la
guerre lui a volé les plus belles années de sa vie.
Cinq années ont passé depuis cet été de 1914 qui a vu partir les hommes
du village. Cinquante-deux mois de conflit pendant lesquels les femmes ont
soutenu l'économie du pays en l'absence des hommes partis combattre. Ces
responsabilités, nouvelles pour elles, leur donnèrent l'illusion d'une grande
liberté et d'une indépendance certaine.
... «Tu sais, Mellie, la force des hommes, c'est de faire croire aux femmes
qu'elles ne sont pas capables. Elle fera comme nous toutes, elle apprendra...»
Mais, dès la fin des hostilités, l'aspiration des hommes à un retour à la
normale remit tout en question. L'émancipation tant espérée n'a pas eu lieu.
Cette chronique, sur fond de guerre mondiale, retrace la vie d'un village
sur les hauteurs de Saint-Étienne et montre les relations étroites entre ville et
campagne où les femmes espéraient par leur travail exceptionnel la considération
et le respect de la société.