D'oraison et d'action : les carmes déchaux en France aux XVIIe et XVIIIe siècles

Parfois qualifiés de « Petits Carmes », les Carmes dits « déchaussés » ou « déchaux »,
pour les distinguer des « réformés »,« mitigés », « anciens », « chaussés », ou « grands »,
sont sinon méconnus, du moins très mal connus.
La particularité de leur institut, originaire d'Espagne, issu de la réforme d'un ordre
médiéval, réside principalement dans un double idéal, d'oraison et d'action, affiché dès les
premières patentes obtenues en 1567 pour les deux premières fondations. Cette spécificité,
cette double vocation qui allie vie mystique et vie apostolique, s'enracine dans les temps
les plus reculés de l'ordre et dans l'expérience des « primitifs » ermites qui, à l'époque des
croisades, se sont retirés sur le Mont Carmel.
Aussi, les manifestations mais également la coexistence et surtout l'évolution de cette
identité, de ce double idéal, de cette « vie mixte », depuis l'introduction de l'ordre en
France en 1611, jusqu'à sa dispersion en 1792, à une époque et en des lieux bien différents
de ceux de sa naissance, méritent-elles d'être analysées.
Manifestations et coexistence au sein de l'enclos conventuel tout d'abord, au travers
du modèle que proposent les religieux et leurs noms de religion, les « auteurs » et leur
production littéraire, les bibliothèques et leurs ouvrages, les bâtiments et leurs « images ».
Manifestations et coexistence dans le siècle ensuite, à partir du ministère auquel se livrent
les disciples de Thérèse de Jésus et de Jean de la Croix, encadrement des laïcs, missions,
ou cérémonies extraordinaires. Manifestations de continuité, d'évolutions ou de ruptures
enfin, à la veille de la Révolution, d'un idéal confronté à la réalité du siècle et à l'épreuve
du temps.