Mathématiques et mathématiciens à Metz (1750-1870) : dynamiques de recherche et d'enseignement dans un espace local

Tout au long du XIX<sup>e</sup> siècle, la ville de Metz est régulièrement décrite comme une ville
essentiellement militaire et scientifique. La présence de nombreuses garnisons, de plusieurs
écoles militaires, dont l'École d'application de l'artillerie et du génie, justifient sans doute le
qualificatif de militaire. Mais qu'en est-il de ce qualificatif de scientifique ?
La présence continue de nombreux mathématiciens dans les écoles militaires, dont plusieurs très
importants, constitue probablement un élément de la réponse, tout comme l'existence éphémère
d'une faculté des sciences. On pourrait également invoquer le rôle essentiel joué par le lycée,
notamment à travers ses succès aux concours d'entrée aux grandes écoles du gouvernement.
C'est sur la base de ce constat que cet ouvrage a vu le jour : étudier sur la longue durée, entre
1750 et 1870, les modalités d'enseignement et de recherche dans une ville de province, décentrer
le regard de Paris et de ses élites, explorer le déploiement et la circulation des mathématiques
au sein d'un territoire régional.
Entre la fin du XVIII<sup>e</sup> siècle et la guerre de 1870, la ville de Metz constitue un pôle mathématique de
première importance. Disposant de nombreuses institutions d'enseignement, civiles et militaires,
elle accueille des mathématiciens importants (Jean Victor Poncelet, Claude Lucien Bergery,...)
et ceux-ci y produisent des recherches de premier plan qui se diffusent également par leurs
enseignements. La ville bénéficie par ailleurs de la présence de plusieurs libraires et imprimeurs
dont les activités contribuent à la circulation des livres et des idées. Enfin, du fait de leur rôle
central dans le paysage académique et institutionnel local, les polytechniciens en activité à Metz
prennent une part active dans la diffusion des sciences à travers l'expérience des cours pour
ouvriers.
À travers différentes études de cas, cet ouvrage collectif entend apporter une contribution originale
aux recherches portant sur l'histoire des pôles scientifiques de province tout en offrant aux
historiens des mathématiques des pistes pour mieux comprendre les circulations - d'enseignants,
d'étudiants, d'ouvrages, de revues, etc. - dans l'espace mathématique national.