La chambre et la fabrique : histoire de la chambre de commerce d'Elbeuf de 1861 à 1914

Dotée en 1804 d'une Chambre Consultative des Arts et (...) la (...) s'accommodait fort bien de cette institution adaptée à sa spécificité industrielle et très active lors des combats protectionnistes du premier XIX<sup>e</sup> siècle. Pourtant, vers la fin des années 1850, alors que la levée de la prohibition des tissus étrangers apparaissait inéluctable, certains membres de la Chambre Consultative prirent conscience de la nécessité d'un renforcement institutionnel de la cité drapière. La transformation de la Chambre Consultative en Chambre de (...) fut alors demandée et, non sans difficulté, obtenue en 1861.
Après l'activité exceptionnelle des années 1862-1864, due aux effets induits de la crise cotonnière consécutive à la guerre de Sécession, c'est à une période difficile à laquelle la Chambre allait devoir faire face. La fabrique était désormais soumise à la concurrence étrangère et confrontée à une contraction durable de la demande d'étoffes de laine cardée. La crise de 1884-1886, qui l'ébranla, fut suivie d'une longue stagnation puis d'un nouveau repli dans les années d'avant-guerre. Dès lors, la Chambre consacra l'essentiel de son activité à tenter d'enrayer le déclin de la mono-industrie locale.
Après une présentation de l'organisation et du fonctionnement de la Chambre, incluant une étude prosopographique de ses membres, l'ouvrage - élaboré avec la rigueur des travaux universitaires - s'attache avant tout aux voies et moyens qu'elle emprunta pour atteindre cet objectif. Il s'agissait ainsi d'équiper la fabrique, tant au plan «institutionnel» qu'en matière de services collectifs et de moyens de communication, mais aussi de la promouvoir sur les marchés étrangers comme dans le cercle restreint des fournisseurs de l'Armée et des administrations. Par ailleurs, la Chambre ne ménagea pas ses efforts pour protéger la draperie locale comme en témoignent le long combat qu'elle mena pour lui obtenir un régime douanier conforme à ses vœux et la résistance qu'elle opposa à la mise en place de la législation du travail. A côté de quelques succès indéniables - tel le tarif Méline de 1892 - l'action consulaire se solda fréquemment par des échecs dus bien souvent à l'individualisme persistant des fabricants elbeuviens.