Marie-Antoinette

De tous les ouvrages consacrés à Marie-Antoinette, celui
des frères Goncourt, édité dans la deuxième partie du XIX<sup>e</sup>
siècle (1858), est sans doute l'un des plus beaux, l'un des
plus exaltants et émouvants que l'on ait publié sur cette
reine au destin tragique et au charme ensorcelant.
C'est aussi l'un des plus documentés. Puisant, à la
manière des historiens doublés de chartistes dans des
sources parfois méconnues, les auteurs présentent pour
la première fois des détails pittoresques et des scènes
insolites, qui font lire cet ouvrage avec la délectation que
l'on réserve aux grands chefs-d'oeuvre classiques. Il est écrit
dans un style inimitable, car nous sommes à l'apogée de
la littérature française de ce moment, moment que l'on ne
retrouvera sans doute jamais plus sous cette forme.
Jugez en plutôt : « L'esprit que Marie-Antoinette avait reçu
de la nature était aussi un acquis de l'exercice journalier de
la bienveillance et de ce don rare et précieux : la caresse.
Elle effaçait toutes les femmes qui l'entouraient, et par
je ne sais quoi de sa personne, le charme, par toutes les
séductions de la femme, par tout ce qui porte l'âme au
dehors et par tout ce qui en vient par la voix, par l'esprit, cet
esprit qui a fait tant de jaloux, [...] avec cette soudaineté et
cette inspiration presque providentielle et qui semblaient
chez cette souveraine bien aimée, comme une grâce d'état
de son amabilité. »