Frénésie, n° 8. Suggestion

Les historiens, ou les poètes, qui se sont
attaqués au problème, ne peuvent arriver à
concevoir comment la fièvre, voire la frénésie,
si manifestement coextensive à un désir
vécu qui n'a rien de platonique, indubitablement
attestée dans les productions de la
poésie courtoise, se conjugue avec ce fait
tout à fait manifeste, que l'être auquel le
désir s'adresse n'est rien d'autre qu'un être
de signifiant. Le caractère inhumain de l'objet
de l'amour courtois saute en effet aux
yeux. Cet amour qui a pu conduire certains
à des actes qui sont tout près de la folie
s'adressait à des êtres vivants, nommés, mais
qui n'étaient pas là dans leur réalité charnelle
et historique - c'est peut-être déjà
quelque chose à distinguer - qui étaient là
en tous les cas dans leur être de raison, de
signifiant.