Collectionneurs en province : Ouest Atlantique, 1870-1953

Les trois départements de l'ancien Poitou, Vienne, Deux-Sèvres et Vendée, ont
été comme ailleurs le théâtre, par la pratique ou la seule motivation du dépôt
ultime, ici entre 1870 et 1953, du collectionnisme d'oeuvres d'art, d'archéologie
ou d'ethnographie. Le collectionneur y est saisi comme l'auteur, au sens de celui
qui fait croître, d'une oeuvre à partir des oeuvres des autres, fussent-elles celles du
goût, et celles du «dé-goût» par la collation des rebuts. La situation épiphanique
de la collection par le catalogue de l'exposition ancienne ou muséale, de la
vente dispersive, ou l'inventaire après-décès, appelle l'impossible reconstitution
de l'histoire d'une collection et de la fixation des contours donnant à voir sa
forme. La collection précède l'objet collectionné et n'est compréhensible que
par le rapport entretenu par tous ses constituants entre le parcours qui les a
conduits jusqu'à la procédure donatrice ou la dispersion et le récit façonné par
le collectionneur à partir d'eux. Cette posture récitative veut révéler la part
imaginée de la collection façonnée par le colloque singulier du collectionneur
avec son dispositif.
Le collectionneur pratiquait par la saturation, l'évocation de lieux et de temps
autres. Par l'inachèvement consubstantiel à la collection, à perte de vue de tout
ce qui était donné à voir, son oeuvre était destinée à être perdue de vue. Il
théâtralisait des mondes imaginés, évoquait les «mondes réduits à quelques
fragments au bord du néant ou rescapés du néant» selon l'image de Julien Gracq
dans sa préface à la 1<sup>re</sup> partie des Mémoires d'Outre Tombe de Châteaubriand.