La mort dans l'oeil : critique du cinéma comme vision, domination, falsification, éradication, fascination, manipulation, dévastation, usurpation

Le Cinématographe, cette trouvaille de foire, ne s'est pas
métamorphosé en une industrie gigantesque et omnipotente
par hasard. L'idée du cinéma précéda son invention. Elle
procède d'une métaphysique du regard qui régit l'Occident
depuis Platon et agite aujourd'hui ses tentacules numérisés
dans chaque publicité, chaque reportage, chaque reality
show , chaque film d'auteur, chaque thriller hollywoodien...
De cet ombilic philosophique ont surgi les pires fantasmes
d'asservissement radical. Ainsi le cinéma n'est pas un art,
mais la Mort se survivant sous la forme d'un zoo humain à
l'échelle planétaire.
Le monde mécanique de la Vision est une invasion
manipulatrice du Monde. Puéril, plat, empoté, niaisement
onirique à ses débuts, le cinéma s'est rattrapé en nivelant
sauvagement la réalité à son image. Des frères Lumière
jusqu'à Matrix en passant par Godard, il obéit à une idéologie
machinale dont le venin, qui coule désormais dans les
moindres veinules du globe, imprégna chaque molécule
celluloïdée dès son apparition.
Qu'on ne se méprenne. Je n'écris pas contre le cinéma. La
camelote est moins méprisable que l'extasié corrompu qui la
vend. L'idole est un bout de bois, l'abruti c'est l'idolâtre. Ce
livre risque de déranger bien des routines d'exaltation réflexe.
Jusqu'à ce jour, nul n'avait pensé le Veau d'or en forme de
caméra-mitraillette - les rêves qu'il suscite, les cauchemars
qu'il engendre, sa genèse daguerréotypée et sa mue
multimédiatique ni l'étonnant néant qui relie ces deux
extrémités.
Le mal est réparé.
S. Z.