Les mots du Louvre

"Les mots me manquent" : les premiers visiteurs du Muséum
des Arts peinaient à exprimer leur émerveillement. Même des
virtuoses de la plume, comme Théophile Gautier, ont multiplié
les précautions oratoires avant "de trouver des paroles dignes
d'un tel sujet".
D'autres, en revanche, aimeraient un musée plus silencieux,
voué au recueillement, à la confrontation indicible. Certains voudraient
carrément en bannir les mots, interdire le pépiement
des guides, faire taire le babil des commentaires.
Cependant des mots, tenaces, sont attachés au vieux palais, à
ses galeries, à ses façades, à ses oeuvres.
Jean Galard, chargé en 1987 de créer au Louvre un service
culturel, qu'il a dirigé pendant quinze ans, a pris le parti des
mots. Il ne croit pas qu'ils desservent la cause des oeuvres
visuelles. Il pense qu'il vaut la peine - et surtout qu'on peut se
donner le plaisir - non seulement d'évoquer les noms de
quelques-uns des bâtisseurs du Louvre, mais aussi de dire un
mot de la Bethsabée de Rembrandt, de la Vénus de Milo , d'un
Port de mer du Lorrain et même de La Dentellière de Vermeer,
voire de La Joconde. Entre liberté et nécessité, ce choix de
soixante images, couplées avec autant de textes brefs, invite
à parcourir le Louvre, de A jusqu'à V, d' Amour et Psyché à
La Victoire de Samothrace , du Code de Hammourabi , la stèle
chargée d'écriture, au Scribe accroupi , l'homme qui consigne
les mots.