Le château d'Hellinghem : nouvelle

Sa pensée avait quitté le combat que son corps livrait
encore, en aveugle pour ainsi dire. Il donnait au hasard ;
il parait à l'instinct. Puis soudain, une hache le frappa à
ce point exact qui fait le sommet de l'os occipital et le
tua sur le coup, le cartilage ne sachant offrir que peu de
résistance au fer ou au bronze. Il l'attendait sur le front,
bien à la verticale. Mais la traîtrise serait conduite
jusqu'au bout. Il ne serait pas assassiné de face. Quelle
force gouverne cette ombre et quel visage incarne cette
perfidie ? En même temps que cette dernière pensée
comme une morsure à l'acide, un flot de sang pourpre
et de cervelle verdâtre dégoulina sur sa nuque,
s'épancha depuis les deux omoplates sur ce creux natif
marqué d'une croix rouge puis longea son échine
comme un cours forcé. [...] Sa dernière bataille valait
bien le Walhalla ou le Paradis. Il y boirait l'hydromel en
trinquant avec Odin et en lui montrant les quinze crânes
qu'il venait cette nuit-là de se constituer comme une
batterie de vases à boire ou, selon, il goûterait l'éternité
salée qui s'écoulerait de la cuisse du Père en mordant
des citrons amers et en en recrachant comme des pois
virides leurs grains empoisonnés...