Sébastien Castellion et la Réforme calviniste : les deux Réformes

Étienne Giran (1871-1944) fut pasteur et Secrétaire de l'"Union de
Libres penseurs et de Libres croyants pour la Culture morale". Sa vie
et son oeuvre sont toutes deux marquées par une même passion : celle
de la liberté. C'est ainsi que, pour cause de résistance, il finit ses jours
à Buchenwald...
Dans ce livre, qui complète le travail de Ferdinand Buisson sur
Castellion, Giran oppose deux modèles : celui du dogmatisme
autoritaire et celui de la libre croyance. On ne peut, en effet, retracer
le parcours de Castellion sans évoquer celui de Calvin, tant
l'existence des deux hommes demeure marquée par une divergence
toujours plus profonde.
Le livre de Giran est remarquablement documenté. C'est l'oeuvre d'un
historien. Mais c'est aussi un livre facile à lire, n'ayant pas la froideur
de certains livres d'histoire. Car Giran est également un fervent
partisan de la libre croyance, qui n'est pas sans savoir que les modèles
d'autorité et de liberté ont quelque chose d'universel. On trouve chez
lui la conviction que Calvin a trahi la Réforme, mais que la libre
croyance défendue par Castellion, bien que fortement combattue et
parfois étouffée, réapparaît sans cesse, de façon sporadique ou parfois
assurée, devant finalement l'emporter pour façonner un
protestantisme de liberté.
L'auteur, ayant vécu en Hollande, nous donne aussi un précieux aperçu
de ce protestantisme "arminien", trop peu connu en France, mais qui
préfigura et contribua largement à donner son visage au
protestantisme libéral, entre libre croyance et libre pensée.
Pierre-Yves Ruff