La Socoma, société coopérative ouvrière de manutention : 1951-2011 : une exemplarité sociale

Soixante ans. Ce chiffre symbolique attaché aux retraites est
celui de l'anniversaire de la SOCOMA. Société Coopérative
Ouvrière de Manutention. Sauf que là on ne parle pas de retraite.
La SOCOMA est au travail. Et définitivement. Voici une aventure
humaine et professionnelle baignée d'une exemplarité sociale.
Elle est née, au lendemain de la dernière guerre mondiale. Il
s'agissait de faire renaître le poumon industriel de Marseille,
c'est-à-dire son activité portuaire mise entre parenthèses par
les cinq années de la barbarie nazie. À la fin de ce cauchemar,
le tumulte et l'incertitude envahirent les quais. Marseille était
aux avant-postes des derniers soubresauts de la présence
coloniale française en Indochine. Craignant l'extension de la
toile d'araignée du communisme en Europe, les États-Unis
désignèrent Marseille comme l'une de leur contre-attaque
géopolitique. En 1951, entre ses deux mandats de maire, Gaston
Defferre dénonce une situation explosive sur les quais et insiste
sur la nécessité de créer un outil s'opposant à la présence d'un
seul syndicat sur le port.
Ce sera la SOCOMA dont l'équipe pionnière est composée
d'Irma Rapuzzi, Paulette Capodano, Armand Emanuel, Antoine
Andrieux, Daniel Matalon, Lucien Peyrassol et Charles-Émile
Loo. Cette société coopérative ouvrière est un énorme défi lancé
aux acconiers habitués à gérer à leur seul profit l'activité des
dockers sur les quais. Or non seulement la Socoma a relevé
avec succès ce défi, mais sa compétence a été suffisamment
reconnue pour que son président Charles-Émile Loo soit appelé
par des entreprises privées, CGM, Saga, Worms, Bolloré à
prendre la direction du Semfos, le Syndicat des entrepreneurs de
manutention portuaire de Marseille et Fos. Étonnante initiative
que celle de ces entreprises privées de faire appel à une société
coopérative. On mesure aujourd'hui à quel point elles confiaient
avec justesse cette lourde mission à une société coopérative
lorsque cette dernière s'avère le maillon déterminant de RORO
Marseille.
Longue vie à la Socoma.