Visions romantiques des côtes de la Manche : du Mont-Saint-Michel au Pas-de-Calais

Sur ce territoire où l'on ne sait de la terre et de la mer qui s'en vient naître
ou mourir, les romantiques ont inventé la peinture de paysage. Là, en bord
de Manche, a enfin été rendu honneur à la nature sauvage après que durant
des siècles l'artiste l'ait contrainte à son désir d'ordre sur les toiles et dans les
jardins. Et l'homme a enfin contemplé ce spectacle qui s'offrait à lui depuis
le début de l'humanité. Un tel homme en quête de sublime, émerveillé par
le paysage, ses métamorphoses et ses symboles, mais déjà nostalgique, ne
pouvait circonscrire le romantisme en une seule définition. Face à tant de
beauté révélée, certains, à l'instar de Chateaubriand, y verront la preuve de
l'existence de Dieu. L'historien discernera dans ce foisonnement de regards
l'émerveillement qu'accompagne toute révolution. Devant tant de diversités,
c'est bien de visions qu'il s'agit. Des visions qui, étrangement, n'ont jamais
été aussi proches de la réalité quand celle-ci confond la nature et l'humain,
le sauvage et le dompté, et plus souvent encore la démesure et la raison, ou
l'ordinaire et l'épopée.