Heidegger, l'être et son impropriété

Heidegger annonce, en 1927, que l'impropriété de toute
existence effective, celle de la présence dans le monde, devrait
toujours être reconnue comme la vérité de l'être de l'étant, cet
être-dans-le-monde, cela qui y est jeté sans raison, sans raison
transcendante s'entend. Parce qu'il est jeté dans le monde, et
qu'est-ce que le monde ? il s'interroge nécessairement sur la
signification de sa présence. Cette interrogation est l'illusion
transcendantale selon laquelle il se persuade qu'il est en lui
d'appréhender l'absolu de l'être dont il participe. Voilà ce dont
la phénoménologie analytique de Sein und Zeit entend
débarrasser l'homme. Aussi s'agit-il de révéler ce que
l'appropriation de l'impropriété de son existence, par l'être du
monde séculier, dévoile : une appréhension, l'angoisse propre à
l'existence de la présence inaboutie, qui se méconnaît et ignore
son temps propre. Aussi Sein und Zeit est-il écrit sur le mode du
sollen : ce qui doit être. Car cette présence est d'une façon
obligée ; elle est préoccupée, reçoit d'avance ce qui l'occupe ;
elle est de toute apparence fallacieuse ; elle est passagère et par
cette raison même destructrice de toute valeur, si la valeur est
l'absolu, sans prédicat : ce qui vaut. La pensée contemporaine
découle de cette tristesse : il n'y a rien d'autre à chercher. Ce il,
qui précède le nous, est cependant l'imposture de notre
civilisation.