Le roman d'aventures et d'amour en Espagne XVIe-XVIIe siècles : l'utile et l'agréable

Le terme «romans d'aventures et d'amour» désigne l'équivalent
espagnol du roman baroque ou épico-chevaleresque. Du milieu du
XVI<sup>e</sup> siècle jusque vers les années 1630, le roman grec suscite l'émulation
et cristallise autour de lui la réflexion théorique. A cette
période qui voit la naissance du roman pastoral et du roman picaresque,
le roman d'aventures apparaît comme un défi narratif que
Cervantes, Lope de Vega et quelques autres vont relever.
L'enjeu n'est rien moins que de hisser le roman, qui n'a pas de
lettres de noblesse, au rang de moderne épopée. Ce qui nous permet
de comprendre pourquoi Cervantes semblait tenir en plus haute estime
son dernier roman, Les travaux de Persiles et Sigismonde , que Don
Quichotte. Il s'agit d'une entreprise sérieuse, mais qui n'exclut pas un
metadiscours ironique - notamment sensible chez Cervantes - d'un
genre qui, exemplairement, associe profit et plaisir. Le roman des
amants sages met en oeuvre une poétique apte à plaire au lecteur.
L'esthétique du lointain côtoie celle du proche, le vraisemblable et
l'admirable trouvent un mode original de se concilier.
Le roman d'aventures, roman sage, offre suffisamment de complexité
et de plurivocité pour laisser s'exprimer de grands schèmes de
la transgression et du désordre qui en font aussi la modernité.