L'idiotie en politique : subversion et néo-populisme en Italie

L'idiotie en politique : subversion et néo-populisme en Italie

L'idiotie en politique : subversion et néo-populisme en Italie
2007255 pagesISBN 9782735110902
Format: BrochéLangue : Français

Le 5 avril 1992, un «tremblement de terre» secoué l'Italie : les résultats

des élections signent l'arrêt de mort de la Démocratie chrétienne au pouvoir

depuis 1945. S'interroger sur ces résultats revient à s'interroger sur la percée de la

Ligue du Nord qui n'est alors qu'un «objet politique non identifié».

En se proposant d'étudier le «phénomène Ligue» dans les vallées de la

Bergamasca, Lynda Dematteo nourrissait l'ambition d'identifier les racines locales

de l'idéologie leghista. Sans se décourager face au repli identitaire, il lui a fallu

trouver des interlocuteurs autres que ceux du discrédit ou de la langue de bois.

L'idiotie politique de Umberto Bossi, le leader de la Ligue, fut, pour ainsi dire, la

clé de son succès : son inexpérience a séduit des citoyens désabusés, initialement

étrangers aux idées autonomistes. Son comportement s'apparente, en effet, à

celui du bouffon de la tradition : il ne respecte rien ni personne, pas même le

pape, son irrévérence est à la mesure de l'irresponsabilité qu'on lui prête et ses

attaques sont d'autant plus efficaces qu'elles visent les institutions les plus respectées.

Avec lui, la pratique politique est essentiellement du spectacle.

En suivant des militants, l'auteur a, peu à peu, acquis le sentiment d'être

confrontée à des manifestations contre-structurelles. Faire de ce qui n'avait été

qu'une «fuite par le rire», l'objet du questionnement ethnographique s'est

révélé riche de perspectives. Dans la Ligue, la réalité dépasse la fiction, aussi

satirique soit-elle. La position de l'auteur a donc été de prendre ce mouvement

peu au sérieux mais ses manifestations parodiques tout à fait. Adoptant

cette ligne ethnographique, elle a pu se prémunir contre le spectacle indépendantiste

des leghisti. Créer une «Padanie» n'est en réalité qu'une vaste

farce subversive de très mauvais goût et une farce d'impuissance où se joue

une revanche symbolique. L'idiotie en est le ressort. On pourrait penser que

les militants, sincèrement engagés dans cette entreprise de construction identitaire,

sont des «idiots utiles» ou même des idiots tout court, mais ils sont

engagés sur un mode ludique et jouent de leur idiotie, au nez et à la barbe de

leurs détracteurs, ceux qui croient encore à l'action politique.

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