Le sanglier

«Tout à coup, à deux ou trois mètres de moi, le fourré s'agita,
une branche éclata, un choc brutal déchira le fourré et, du milieu
des ronces, jaillit, avec deux formidables crocs d'ivoire, une
tête énorme. Je ne vis que cela, la hure. Un peu de bave coulait
le long des poils sur les babines noires. Les yeux étaient petits et
sanglants. Ils me regardaient. Le souffle rude et chaud m'arrivait
sur le visage. Il sentait l'herbe mâchée. Par derrière ce bloc
brutal de crins et de chairs ramassées, le fourré broyé laissait voir
comme un couloir creusé, au pied de la paroi, dans le roc.
Le sanglier ne bougeait plus. J'étais là, et c'est tout ce que je
pouvais être.
La bête sortit du fourré. Alors je la vis vraiment. J'étais presque
couché sur le dos, ma tête n'arrivant qu'à son poitrail. Elle me
dominait et ses boutoirs, larges comme la main, se dressaient à
un mètre de ma figure. Je serrai les mâchoires.»
Réédité pour la première fois depuis sa publication en 1932, l'un
des tout premiers romans d'Henri Bosco, troublant récit d'une
terrible initiation au coeur du Luberon noir.