Critique et réflexion : essai sur le discours kantien

Heidegger opposait à la «barbarie»
contemporaine l'exemplarité du
style philosophique kantien. Mais
les grands postkantiens le jugeaient
plutôt exemplairement barbare , parce
que non thématisé, impropre, et même autocontradictoire.
L'ouvrage prend au sérieux ce verdict, pour mieux l'inverser. Il identifie le
statut de la connaissance critique, élucide les procédures de validation
qu'elle convoque et montre que référer les thèses kantiennes au régime de
discours qui les établit permet de prendre la mesure de leur radicalité.
Il établit que le philosopher kantien relève d'une réflexion qui signifie
discursivité , et dont le thème transcendantal répugne à être connu sur un
mode objectivant. La fidélité de la connaissance critique à la nature de son
thème ne peut toutefois l'autoriser à transgresser les limites qu'elle assigne
à tout savoir. Les énoncés critiques appellent donc un mode de probation
qui les réfère indirectement à l'intuition, ou au fait qui peut en tenir lieu.
Forme du discours qui n'est pas sans effet de contenu : factualité d'un
transcendantal impuissant à répondre à la question de son propre pourquoi,
facticité de la structure qui possibilise une connaissance dont elle partage la
contingence métaphysique, indéductibilité d'une loi morale dont l'absoluité
sort renforcée de ne pouvoir être expliquée et ne cesse de féconder la
pensée finie.